Messages

Microlettres à de futures enseignantes

Image
J’ai été récemment auxiliaire d’enseignement pour un cours de relation d’aide dans l’enseignement et un autre de problèmes de comportement en classe ordinaire. J’ai accumulé en cours de correction des notes marginales que je laissais aux corrigées soit pour justifier des retraits de points, soit comme « food for thoughts », leur ai-je souvent écrit littéralement – comme suggestions de tremplins pour leurs réflexions ultérieures.  Je ne sais pas combien d’entre elles accepteront mon invitation… d’autant que l’évaluation a été remise quelques jours avant le temps des Fêtes. Mais je me suis dit que cette nourriture cognitive – pour paraphraser les expressions d’«estomac affectif» et de «nourriture affective» qu’ils ont apprises, et que je trouvais d’abord pseudopsychologique, avant de finir par évaluer que l’image pouvait avoir son utilité pour synthétiser un processus psychique complexe – valait peut-être la peine d’être proposée à d’autres. D’où mon idée d’en tirer un billet de blog...

Quand les pédagogues n’apprennent plus : mon expérience avec Baillargeon, Bissonnette, Boyer et cie

Image
Une grande partie de la recherche en éducation se demande quelles méthodes pédagogiques les enseignants peuvent employer pour favoriser l’apprentissage. Plus récemment, un autre volet, d’ordre plus psychologique que didactique, se demande plutôt quels sont les états d’esprit des apprenants qui sont les plus à même d’y contribuer. La théorie dans ce domaine oppose l’état d’esprit de croissance (« growth mindset ») et l’état d’esprit fixe (« fixed mindset »). Le lectorat aura déjà compris que le premier état d’esprit est plus bénéfique à l’apprenant. Or les pédagogues ont également avantage à fonctionner avec un état d’esprit de croissance : d’abord pour en donner un exemple à leurs apprenants, ensuite parce qu’eux-mêmes, idéalement, continueraient toujours de s’améliorer. Une expérience que j’ai vécue récemment avec certains grands noms de la pédagogie québécoise m’a fait réfléchir à toutes ces questions dans l'action. C’est parce que j’y vois une parfaite occasion d’illustrer un po...

Apprentissages personnel et collectif : l’autre zone proximale de développement

Image
On ne peut pas étudier minimalement l’éducation sans entrer éventuellement en contact avec le concept de «zone proximale de développement», ou « ZPD ». Forgé par le pédagogue russe Vygotski au 20e siècle, il indique la zone qui se trouve entre ce que l’apprenant peut réaliser sans aide et ce qu’il n’est pas capable d’accomplir même avec l’aide d’autrui. Toute action qui amène l’apprenant dans cette zone peut donc être considérée comme pédagogique à proprement parler (même si la ZPD est un continuum quantitatif de développement, c’est-à-dire que certaines actions sont nécessairement plus efficaces que d’autres, comme Hattie l’a rappelé – au plus grand déplaisir de certains éducateurs, qui refusent catégoriquement de quantifier l’efficacité éducative…). Cette insistance sur le soutien d’autrui dans le développement a fait qualifier la théorie vygotskienne de «socioculturelle». Mais le fait est que sa manière même de présenter les choses confond l’apprentissage et l’enseignement et fait q...

Baillargeon neurochirurgien : hommage à un monument pédagogique québécois

[Ce billet de blogue retranscrit une lettre ouverte proposée au Devoir , qui n'a pas été publiée pour les raisons que j'explique ci-contre. Ce segment initial y est ajouté en guise d'introduction.] Je soumettais ce texte au Devoir le 4 juillet 2022 à 0:12. Louise-Maude Rioux Soucy, directrice de l'information - et apparemment travailleuse-à-toute-heure comme moi-même - me répondait le même jour à 22:36 : « Votre sympathique proposition nous a étonnés. Ce sont là de bien jolies fleurs - ô combien méritées - que vous lancez ici à Normand Baillargeon. Je suis moi-même une fan et j’admets avoir reconnu dans votre texte toutes les qualités de ce grand chroniqueur essentiel, qui est également un penseur habile et un passeur redoutable. Toutefois, le texte hagiographique n’est pas un format fréquent dans la section. Et hélas, vérification faite, on le réserve aux retraites et aux disparitions.  Reste que cet exercice admiratif risque de faire un bien fou à notre chroniqueur. ...

Autothéorisation d'un apprenant et d'un apprentissage

Si vous lisez ce premier billet du nouveau blogue dans lequel je me lance, c'est que vous êtes intéressé de près ou de loin par la question de l'éducation... ou alors que vous vous êtes perdu sur le Web. Dans le premier cas, je vous en félicite, pensant comme vous qu'il y a beaucoup de réponses à y trouver. Dans le deuxième cas, je remercie le hasard de vous avoir amené ici et vous invite à rester quand même.  Je m'engage solennellement à tenter d'éviter dans ce blogue les lourdes formulations dans lesquelles je tends à tomber. Je donnerai l'impression d'avoir déjà contrevenu à cette promesse avec le premier mot du titre du billet. Je précise donc que je suis un fan fini des mots en «auto-», et que le préfixe ne sert pas qu'à ajouter deux syllabes pour péter de la broue : c'est souvent une indication essentielle sur la réflexivité d'un processus. Ici, ça indique que l'acte de théoriser est fait par le théoricien à propos de lui-même. C'es...