Messages

Pour que la science puisse continuer à mordre

Image
Frédéric Tremblay Étudiant en médecine 6 mars 2019 Montréal Cosignataires : Josée Blanchard, infirmière au CIUSSS de la Capitale-Nationale Tristan Brunette, étudiant en médecine Marie-Louise Daigneault, étudiante en médecine Jérémy Dubé, étudiant en pharmacie  Étienne Lavallée, étudiant en biochimie et médecine moléculaire Charles-Édouard Morel, étudiant en pharmacie Émeric Nolin, médecin vétérinaire Catherine Tremblay, résidente en médecine Souad Younes, étudiante en médecine Cette lettre ouverte est d’abord adressée à Olivier Bernard, plus connu sous le nom de «Pharma chien ». Elle est une extension des statuts que nous avons publiés sur Facebook pour soutenir ton travail et déplorer la lâche manière dont on essaie de te faire taire. Elle vient de l’idée que notre message aura plus de chance de se rendre à toi par les médias grand public que par les médias sociaux. Olivier, si tu lis cette lettre, sois assuré que nous sommes de tout cœur avec toi. Pour une personne qui l’a cosign...

Tu dois éduquer! 2 : un cadre de mobilisation

Image
Je lis beaucoup, et de tout : des romans, des essais, des articles scientifiques... et assez souvent des listes d'ingrédients (plaisir coupable d'ancien étudiant en sciences naturelles). Mais j’ai une relation amour-haine avec la lecture. Surtout parce qu’elle tend à me servir de refuge, et donc à me couper du reste du monde. C’était nécessaire au Fred enfant et adolescent qui souffrait de se sentir trop peu compris par hypercomplexités lexicale et sémantique (preuve par l’exemple). Mais en accroissant cette complexité, la lecture accroit la déconnexion. Une autre raison de ma haine est que la lecture me donne le vertige. M’y plonger me fait constater la quantité de choses qu’on peut savoir, et je suis aussitôt envahi par la déception en me disant qu’une vie humaine ne suffirait pas à tout savoir (d’autant que le savoir s’étend de façon exponentielle). La sensation est particulièrement forte quand j’entre dans une bibliothèque (tout spécialement dans la Grande Bibliothèque mont...

Tu dois éduquer! 1 : un appel public à l'écriture

Image
Dans ma plus récente phase maniaque, j’ai essayé de fonder une religion. J’étais surement inspiré par le fait d’avoir prévu organiser ma fête de 33 ans sur un thème christique – à la hauteur de ma mégalomanie. Mon lamentable échec est cependant sans doute ce qui pouvait m’arriver de mieux. Mais je raconte trop vite. Retour en arrière. Je mentore professionnellement pour des tests d’admission à des programmes universitaires contingentés en santé, surtout médecine. Cette année, pour avoir autant enseigné qu’évalué la performance de la clientèle, j’ai constaté que la majorité, pourtant intelligente, était devenue comme un perroquet de moi-même. J’explique pourtant toujours les raisons de mes conseils en m’attendant à une certaine adaptation; cette fois, il n’y en avait presque pas. Étais-je en train de les endoctriner? En parallèle remontait, pour diverses raisons, ma crainte de l’islamisme. Je me suis dit que face à cet endoctrinement universaliste, le relativisme postchrétien généralisé...

«Le p[rofesseur] est le médecin de la culture»

Image
Crédit image : DALL-E Ceux qui ont suivi mes réflexions éducationnelles, sur ce blogue et/ou dans mes lettres ouvertes semi-régulières pour Le Devoir , savent que je ne manque pas une occasion de comparer la pratique enseignante à la pratique médicale. À mes yeux, les deux sont des pratiques professionnelles qui peuvent faire flèche du bois de plusieurs sciences (socioculturelles d'un côté; naturelles de l'autre) pour accroitre leur efficacité. Je l'avoue : je le fais en partie par nostalgie de ma propre pratique médicale... et pour rentabiliser au possible le diplôme de MD (et les longues années d'études qu'il m'a fallu pour le décrocher).  Mais je pense vraiment que cette comparaison est appropriée. Elle me sert aussi à valoriser la profession enseignante, et à rappeler qu'elle doit se rigoriser pour atteindre son plein potentiel. Je considère qu'elle en est pour l'instant à l'époque où en était la médecine quand la saignée était son traitement...

L’évaluation : tremplin ou boulet? Proposition de principes évaluationnels

Image
Le 16 décembre 2023, je publiais sur ce même blogue un billet titré  Anxiété évaluative et excellence : jeter le bébé avec l'eau du bain  (drôle : avant de m'en rendre compte, j'avais choisi pour le présent billet la même image que pour l'autre; j'en ai finalement choisi une avec une apprenante plus jeune, pour des raisons qu'on comprendra bientôt). La thèse que j'y présentais : derrière trop de critiques de l'anxiété causée par l'évaluation, il semble y avoir une critique de l'idée d'excellence, pourtant nécessaire à toute pédagogie. Je finissais sur ces phrases : «Ne donnons pas l'exemple d'une école qui se débarrasse de tout critère d'excellence, mais enseignons aux apprenants à développer leurs propres critères d'excellence, en parallèle. [...] Ça me semble le meilleur moyen de garder à l'école sa capacité à créer une tension vers le haut. Si nous enlevons à l'école cet ultime pouvoir, que restera-t-il d'elle, ...

Les gais, l’avortement, les trans et Socrate : la politique comme corruption collective

Image
Je manque malheureusement de temps ces semaines-ci pour m’informer de l’actualité, mais je suis juste assez connecté pour savoir que Trump est entré à la Maison-Blanche et que beaucoup de changements s’amorcent chez nos voisins du Sud. Même si l’attention médiatique semble largement tournée vers la question des tarifs douaniers, c’est un autre sujet qui me donne de quoi réfléchir : celui des droits trans. Je suppose déjà que, dans le militantisme visant à les défendre, on pourra réutiliser le slogan «Mon corps, mon choix» originant du camp pro-avortement, et qui était entre autres ressorti au renversement de l’arrêt Roe v. Wade. Ce slogan m’a toujours rendu profondément mal à l’aise. Pourquoi? Parce qu’il refuse l’idée démocratique fondamentale, à savoir que le corps de chaque citoyen ne lui appartient pas en propre, mais appartient à sa collectivité – ou plutôt, qu’il n’appartient à chaque citoyen que dans la mesure où sa collectivité décide de lui en laisser l’usage. Si on n’accepte ...

Système nerveux, agentivité et égo : entre manque et excès d'identité

Image
Le concombre de mer a la spécificité d'avoir un système nerveux temporaire. Ce dernier lui sert à se mouvoir le temps de trouver la roche idéale à laquelle s'accrocher; à partir du moment où cette roche est trouvée, le système nerveux ne sert plus à rien à l'organisme, qui s'en débarrasse donc. Cette particularité est révélatrice de la seule utilité d'un système nerveux : contrôler le mouvement volontaire. Chez des organismes relativement simples, il le fait surtout par des réactions réflexes aux conditions environnantes. Chez des organismes plus complexes, comme l'être humain, il garde la même fonction, mais la remplit autrement. À partir d'un certain niveau de complexité, la façon la plus économe d'inciter l'organisme à se mouvoir est de lui créer une image de soi à partir de laquelle il se développera des routines d'action. Le terme le plus courant pour désigner cette image est celui d'«identité». Celle-ci peut être plus ou moins représent...