Tu dois éduquer! 1 : un appel public à l'écriture

Dans ma plus récente phase maniaque, j’ai essayé de fonder une religion. J’étais surement inspiré par le fait d’avoir prévu organiser ma fête de 33 ans sur un thème christique – à la hauteur de ma mégalomanie. Mon lamentable échec est cependant sans doute ce qui pouvait m’arriver de mieux. Mais je raconte trop vite. Retour en arrière.

Je mentore professionnellement pour des tests d’admission à des programmes universitaires contingentés en santé, surtout médecine. Cette année, pour avoir autant enseigné qu’évalué la performance de la clientèle, j’ai constaté que la majorité, pourtant intelligente, était devenue comme un perroquet de moi-même. J’explique pourtant toujours les raisons de mes conseils en m’attendant à une certaine adaptation; cette fois, il n’y en avait presque pas. Étais-je en train de les endoctriner? En parallèle remontait, pour diverses raisons, ma crainte de l’islamisme. Je me suis dit que face à cet endoctrinement universaliste, le relativisme postchrétien généralisé ne pourrait pas tenir longtemps. La seule alternative me semblait donc être de créer un nouvel universalisme aussi doctrinaire, mais moins dommageable – puisqu’il fallait choisir entre deux doctrines… D’où l’idée de faire de mon cinétisme un Mouvement religioïde.

La dépression m’a fait revenir de cette idée. J’en suis resté avec un intérêt pour la religion, tant parce qu’elle encourage l’autodiscipline que parce qu’elle rassemble. Et ma lecture de la Bible, du Coran et d’autres textes religieux me fait admirer leur potentiel motivationnel… mais je suis d’abord rationaliste, voire scientiste. Je pense avoir trouvé un moyen de conjuguer le tout : convertir mon blogue personnel en Bible collective réinventée.

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D’abord, pour le lectorat dont cette lettre serait le premier contact avec le Journal de l’Académie cinétique (JAC), en voici une brève présentation. Depuis que j’ai le projet de fonder cette entreprise éducative mondiale pour dépasser l’insuffisant système scolaire actuel, je rassemble mes écrits à ce propos dans le JAC. D'abord série de documents Word, je l’ai éventuellement fait passer au blogue quand la lenteur de l’édition scientifique m’a donné envie de diffuser plus vite mes idées.

Un parcours antécédent en édition littéraire me rend exigeant en la matière. Je comprends que les exigences ne peuvent pas être les mêmes vu le niveau de conséquences des textes concernés et leur durabilité espérée. Mais une partie de l’inefficacité procédurale me semble venir d’ailleurs – comme souvent, d’un manque de concurrence incitant à l’amélioration. Et surtout, les articles scientifiques publiés sont insuffisamment accessibles, tant en termes financiers que cognitifs. Les scientifiques ne peuvent qu’être les principaux responsables d’assurer la compréhension de la science par les citoyens puisqu'ils sont les mieux équipés pour le faire. Pourtant, la longueur des articles et la lourdeur de leur appareil référentiel me semble en faire un mauvais point de contact entre la science et le public.

Mais après le pot, voici les fleurs : la méthode de débat scientifique par des journaux est une innovation qui a fait faire un pas de géant à la pensée humaine. Raison pour laquelle j'ai toujours espérer secrètement que ce JAC, journal intime d'une pensée malgré l’ancrage scientifique de ses textes, devienne un journal collectif. Je n’envisageais cependant pas d’essayer de le rendre tel avant que l’Académie cinétique soit fondée. Elle ne l'est pas. J’écris quand même ce texte. Avec quels nouveaux arguments, donc? 

D’abord, la conscience historique acquise par l’étude des religions a consolidé ma certitude que toute l’histoire est l’histoire de la lutte des médias – et qu’en la matière, ceux choisis par les monothéismes continuent de montrer leur efficacité à grande échelle vu l’influence persistante de leur message éthique. Ces médias (textes religieux, pratiques rituelles, modes d'assemblée, etc.) sont souvent apparus en faisant sécession de ceux utilisés à leur époque. Je reviens donc partiellement à cette idée qui était la mienne quand, adolescent, je pensais pouvoir compétitionner l’école de l’extérieur. Comprenant sa complexité, je suis par la suite devenu raisonnable en me disant qu’il était nécessaire de la parasiter pour la vaincre. La stratégie socialiste de la diversification des tactiques me parait maintenant la meilleure. De l’intérieur, ce sera la carrière de professeur; de l’extérieur, celle d’innovateur de formes de débat public.

Ce que j’ai aussi compris récemment, c’est que, même si nous concevons trop souvent le corpus religieux comme un canon fixe, il ne s’en est pas moins développé historiquement par ajouts successifs dont on peut remonter les strates. Si Dieu parle, les textes religieux ne restent que les transcriptions humaines de cette parole. Comme tel, les rédacteurs bibliques, qui opposaient leurs interprétations à celles qu’ils recevaient en héritage, faisaient déjà le travail de débat que les scientifiques feraient ensuite dans les journaux savants – quoique ces derniers le fassent explicitement et avec de meilleures méthodes justificatives.

En se limitant à un lectorat savant, ceci dit, ces textes se sont de plus en plus déconnectés des questions existentielles. Francis Bacon ouvrait la modernité en affirmant que savoir, c’est pouvoir (surtout au 3e aphorisme); mais ce pouvoir est celui de la technique physique de contrôle de la nature. Quant aux  techniques psychiques de contrôle de l'esprit qui pourraient en bénéficier, faute d’en comprendre la valeur, on se replie soit sur un relativisme antiéthique, soit sur un mysticisme antiscientifique.

Si l’éducation est la première discipline où il me semble envisageable de jeter des ponts entre le débat scientifique et le débat public, c’est parce qu’elle est suprêmement l’activité à laquelle on ne peut pas échapper. D’abord parce que beaucoup élèvent des enfants (quoiqu'avec un succès limité en termes cognitifs et motivationnels; une année de scolarité d'un parent cause 0,15 année de scolarité de l'enfant). Ensuite parce que ceux qui n'élèvent pas d'enfants sont appelés à voter et à déterminer par là ce qui sera transmis aux générations futures. D’où le «Tu dois éduquer!» du titre, dans son double sens descriptif – on ne peut s’y soustraire – et prescriptif – on devrait donc veiller à bien le faire.

De là l’idée que le JAC devienne la Bible de cette religion de l'automobilisation que propose l'Académie cinétique, dont tout l'autorat serait l'apostolat. Ici, la bonne nouvelle se formera d’elle-même au fur et à mesure des ajouts qui définiront ce qu’est la meilleure éducation. Ce que fait toute religion par l’éthique qu’elle développe : mais ici, l'autorat aura l’avantage de le faire explicitement, et donc mieux. Nulle orthodoxie ne pourra s’imposer dans le JAC : il sera orthopraxie pure, c’est-à-dire bonne pratique autoréalisatrice de recherche de la vérité. Comme la polyphonie de l'Ancien et du Nouveau Testaments fait leur richesse, la diversité des apports au débat éducationnel fera la pertinence du JAC.

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De ces réflexions découlent des appels à la mobilisation des conclusions de cette argumentation. Car les idées ne devraient exister que pour faire agir mieux; autrement, réfléchir serait inutile. Beaucoup pensent que la vérité est valable en soi. Je ne vois pas ce qui lui donnerait une telle valeur, sinon le fait qu'elle permet de changer sa vie, de changer la vie en général ainsi que la manière dont elle est vécue. Les premières exhortations me sont adressées à moi-même; les deuxièmes te sont adressées à toi.

Quant à moi, je dois être tant auteur que directeur de ce JAC collectif que je fonde par la présente. Comme auteur, j'y écrirai autant de lettres que le reste de mes vies professionnelle et personnelle me le permettront. Je les ferai aussi courtes que possible. Je suivrai la répartition des sections qui caractériseront toutes les contributions au JAC (que j'ai déjà appliquées ici, et dont tu trouveras l'explicitation en F/2026-10-01; la présentation de ce système référentiel, que j'appelle «système cinétique», se trouve en F/2026-10-02). Je les soutiendrai avec juste le bon nombre de références pour inscrire ma pensée dans la tradition de la pensée humaine, mais pas trop pour risquer de rendre mon propos inaccessible à un lectorat étendu. Comme directeur, je veillerai à offrir une architecture optimale pour la diffusion et le débat des idées. J'assurerai l'application des règles éditoriales. J'aiderai le reste de l'autorat à consolider l'ancrage affectif et cognitif de ses écrits. Je me retiendrai de procéder à des interventions stylistiques sur d'autres lettres que les miennes, considérant le risque que ce type d'édition interfère avec les idées présentées. Enfin, je promouvrai les principes des organisations apprenantes que sont l'Académie cinétique et le JAC.

Quant à toi, tu dois t’entrainer à réfléchir l’éducation. Choisis le problème qui t'importe, d’abord pour t’assurer de bien mettre en place tes idées sur le sujet : car ce n’est pas seulement les autres que tu éduques inévitablement, mais avant tout toi-même. Écris des lettres en respectant le format proposé. Participe à la discussion sur l'architecture et les règles optimales pour la diffusion et le débat des idées. Initie de nouvelles chaines de lettres ou continue des chaines en cours en répondant aux argumentations des autres. Fais de ce débat une occasion d'apprendre toujours plus, donc de te transcender. Deviens un encore meilleur éducateur pour d’autres, à qui tu souhaites mieux que tu as reçu de tes propres éducateurs. Enfin, promeus les principes des organisations apprenantes que sont l'Académie cinétique et le JAC.

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